Equipe de Recherche sur les Ambiances
Laboratoire de Recherche en Patrimoine, Architecture et Ambiances (LaRPAA)
École doctorale Sciences et ingénierie architecturales (EdSia)
École Nationale d'architecture et d'urbanisme de Tunis (ENAU)
Université de Carthage (UCAR)
Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Programme scientifique
Depuis sa création au début des années 2000, l’ERA s’est efforcée d’être au fait des avancées théoriques et méthodologiques qui marquent le développement international de la thématique des ambiances. Elle a voulu apporté sa contribution à cet effort commun , mais a aussi cherché à mettre les résultats de ces travaux à l’épreuve d’une réalité économique, sociale et culturelle : celle d’un pays du rivage sud méditerranéen, en une période cruciale de sa transition politique.
Ces objectifs très généraux ont été ramenés à un format plus modeste, sur des objets de recherche plus limités. Ils s’organisent suivant des regroupements thématiques correspondant aux questionnements suivants :
Dans quelle mesure la mise au jour des ambiances du cadre de vie existant etla reconstitution de celles des périodes passéespeuvent sous-tendre et infléchir les procédures dedéfinition des projets etde fabrication du bâti, auxdifférentes échelles de l’aménagement présent du cadre de vie ?
Selon quel mode est-il possible de concilier les préoccupations les plus actuelles de préservation et de partage équitable des ressources naturelles, avec l’approche sensible des espaces habités et urbanisés ?
En faisant place – en complément du visuel - aux registres du sonore, de l’olfactif , du tactile ou du kinesthésique, est-il envisageable de mieux intégrer la pluralité des sens dans la conception des édifices et aménagements urbains ou territoriaux ?
Quelles sont les modalités théoriques et instrumentales susceptibles de contribuer à la constitution d’une véritable projectuelle de l’ambiance ?
De ce fait, le projet scientifique de l'ERA est conçu autour de trois axes de recherche complémentaires:
Axe 1 : Référence ambiantale
Axe 2 : Vécu sensible de l’espace habité
Axe 3 : Projectuelle de l’ambiance
Vous avez dit « ambiance » !
par Jean-Pierre PENEAU
Professeur Honoraire des Ecoles d'architecture
Qui pourrait sérieusement contester l‘affirmation qu’un sujet humain - quelque soit son âge, son genre, son statut, son appartenance sociale - établit un rapport au monde qui l‘entoure par l’intermédiaire de son corps ? Ce corps, doté d’une aptitude à la mobilité et de cinq sens, se déplace, s’isole, se regroupe avec ceux de ses semblables, perçoit des signaux, éprouve en conséquence des sensations, ressent des émotions. Cet ensemble provient des différents canaux sensoriels et de leurs stimulations conjointes ; on parle alors de façon savante de « cénesthésie ».
La sphère architecturale a une certaine tendance à se forger une version simplifiée de cette réalité complexe. Elle donne, de toute évidence, le privilège à la seule dimension du « visible ». Cette hiérarchie est si fortement intégrée dans la culture professionnelle, tellement intériorisée par les architectes, qu’elle ne prête guère à réflexion, encore moins à critique. S’il n’est pas question de méconnaître ici le rôle tout à fait majeur du sens de la vue, ni de sous-estimer l’importance des qualités plastiques d’un édifice - sources de plaisirs esthétiques et porteuses de significations - on est bien obligé de constater que les belles et prestigieuses réalisations ne sont pas, à tous coups, les mieux à même de satisfaire les attentes de leurs occupants. Elles ne leur apportent pas toujours les réponses bien ajustées à des exigences thermiques, lumineuses, acoustiques : celles qui, précisément, vont garantir confort et bien être et solliciter, ce faisant, tous les registres du sensible.
En regard de cet élargissement de la visée, les ambiances architecturales et urbaines vont se définir à la croisée :
- de la réalité physique des phénomènes qui sollicitent l’appareil sensoriel ;
- de l’interprétation et du vécu sensible par le sujet des signaux correspondants ;
- de la dimension esthétique, propre à toute activité créative spatialisée.
Un secteur de la recherche architecturale s’est attaché à la question dans les années 80 et s’est très vite inscrit dans les approches interdisciplinaires. C’est, en effet, la rencontre et le travail collectif des spécialistes de la psychosociologie, de la socio-anthropologie, de la physique des phénomènes environnementaux, de l’architecture qui a permis de dégager cette catégorie de l’ambiance et d’en faire un nouvel objet d’étude scientifique. Le Centre National de la Recherche Scientifique français a soutenu cette initiative, en créant en 1992 une Unité Mixte de Recherche multi-sites sur cette thématique. L’Université a, dans le même temps, relayé cette innovation en habilitant une filière doctorale spécialisée. Au-delà de l’hexagone, une communauté scientifique internationale s’est progressivement constituée et organisée. Elle s’est donné pour objectif de garantir la circulation des informations et des résultats et le cumul des expériences et des savoirs.
Actuellement, ce sont 15 équipes du vaste monde qui se sont fédérées en un réseau spécialisé (le réseau dispose d’un site à l’adresse : www. ambiances.net). Il faut souligner le fait que parmi celles-ci figure une équipe tunisienne : l’Equipe de Recherche sur les Ambiances (E. R. A.) : une des composantes de la jeune filière doctorale de l’E. N. A. U. Elle s’est fixé pour tâche de participer à l’effort de recherche international sur cette thématique, mais également d’explorer les particularités spécifiquement tunisiennes de la question.